Des hauts et des bas

Peintures de Stéphanie Ménasé, textes d’Anne-Constance Vigier

Exposition en février 2017 à la Maison des contes et des histoires

 

 

 

 

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Derniers témoins

Dans ce livre déjà ancien de Svetlana Alexievitch sur lequel je ne préfère ne pas poser de qualificatif (de peur de tomber dans les bien éculés « bouleversant » ou « poignant » qui demeureraient bien en deçà de ce que j’ai ressenti à sa lecture), ce passage, pas tout à fait au hasard :

« Est-ce que Dieu voyait tout ça ? Et qu’est-ce qu’il en pensait ? »

Ioura Karpovitch, huit ans en 1940

J’ai vu ce qu’on ne doit pas voir… Ce qu’un homme ne doit pas voir. Et moi, j’étais petit…

J’ai vu un soldat courir et… comme trébucher. Tomber. Gratter longtemps la terre, la serrer dans ses bras…

J’ai vu nos soldats prisonniers, emmenés à travers le village. En longues colonnes. Leurs capotes déchirées, brûlées. Là où ils faisaient halte pour la nuit, l’écorce des arbres était rongée. Pour toute nourriture, on leur jetait du cheval crevé… Ils se l’arrachaient…

J’ai vu, une nuit que j’étais allé sur le remblai, un convoi allemand brûler. Au matin, on a couché sur les rails tous ceux qui travaillaient aux chemins de fer et une locomotive leur a roulé dessus…

J’ai vu atteler des hommes à des voitures à cheval. Ils portaient des étoiles jaunes sur le dos… On les faisait avancer à coups de fouet. Ceux qui étaient dans les voitures s’amusaient bien…

J’ai vu arracher des enfants à leurs mères à coups de baïonnette. Pour les jeter dans le feu. Dans le puits… Par chance, on y a échappé, Maman et moi…

J’ai vu pleurer le chien du voisin. Il était sur le tas de cendres qui avait été leur maison. Seul… Il avait les yeux d’un vieil homme…

Et moi, j’étais petit…

J’ai grandi avec ça… J’ai grandi, sombre et méfiant, j’avais mauvais caractère. Quand quelqu’un pleure, je n’ai pas pitié, au contraire je me sens mieux parce que, moi, je ne sais pas pleurer. Je me suis marié deux fois, et deux fois ma femme m’a quitté, personne ne me supporte longtemps. C’est difficile de m’aimer. Je sais…

C’était il y a longtemps… Et maintenant, je voudrais savoir : est-ce que Dieu voyait tout ça ? Et qu’est-ce qu’il en pensait ?

Ce frère-là

Paru en mars 2010 aux Editions Joëlle Losfeld

Une écriture magnifique. (L’Avenir)

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Un portrait sonore

Une image

Argument

Septembre 2005 : la narratrice se prépare à assister à l’enterrement de son frère, un guitariste classique dont elle était très proche. Elle se remémore alors les scènes familiales, cruelles ou tendres, qui ont été les moments décisifs de leurs vies. Les terreurs de l’enfance, la dure réalité de l’amour et de l’amitié sont autant de souvenirs intenses qui dessinent le relief imparfait, unique et terriblement précieux d’une existence.

Extrait

Avec les oranges, tout s’arrange : il le clamait à intervalles réguliers de sa voix imparfaite. Cette phrase et d’autres peut-être moins abouties au sujet des abricots et des raisins, alors que le soleil frappait nos têtes pensives en contrebas des marches de l’église et obligeait les plus âgés ou les plus sensibles à se tenir en retrait, dans l’ombre odorante du mur. Tandis que d’autres au contraire s’avançaient avec curiosité vers la lumière, s’approchaient comme malgré eux de l’étal du vendeur qui continuait à s’époumoner sans égard pour notre peine. Notre peine immense à tous quoiqu’on ait pu en dire les jours qui ont précédé et les jours qui ont suivi, et je regardais ces membres de ma famille que je n’avais jamais vus hormis dans des circonstances comparables.

Piratée

Ce site se remet peu à peu du piratage qu’il a subi et qui ne m’inspire désormais plus que la citation suivante :

A vaindre sans péril, on triomphe sans gloire