Amour-propre

L’amour de soi qui ne regarde qu’à nous est content quand nos vrais besoins sont satisfaits; mais l’amour-propre qui se compare, n’est jamais content et ne saurait l’être parce que ce sentiment, en nous préférant aux autres, exige aussi que les autres nous préfèrent à eux, ce qui est impossible.

Jean-Jacques Rousseau, Emile

Le texte de Diariata

J’imagine que tu es barbu

J’imagine que tu as des rides

J’imagine que tu sens le renfermé

J’imagine que tu veux nous rencontrer

J’imagine que tu es grand

J’imagine que tu penses souvent à nous

Je t’imagine devant nous

J’imagine que tu es très intelligent

J’imagine que tu n’aimes pas la télé

J’imagine que tu es vraiment gentil

J’imagine que tu nous a imaginés

J’imagine que tu adores voyager

J’imagine que tu es riche

J’imagine que tu travailles dans une grande entreprise

J’imagine que tu as une grande maison

J’imagine que tu n’as pas l’habitude de sortir

J’imagine que tu aimes le sport

J’imagine que tu es assez musclé

J’imagine que tu as des lunettes.

Mont Vallot 2

Je suis revenue cette année dans un collège tout neuf, rutilant, pour le nom duquel on a fait le choix insolite (ou pas assez insolite du tout, c’est selon) de Nelson Mandela.

Mandela ! Voilà qui me renvoie à Sarafina, cette très dure comédie musicale que j’ai un jour montrée à mes enfants en toute candeur, sans soupçonner un instant la dureté de ses scènes de torture.

Mais nous voici au calme, arpentant des couloirs étrangement déserts, peints de vert anis ou de bleu lavande (lino assorti, s’il vous plait) et aveuglants de soleil. Une forme de réussite architecturale qui semble rendre les élèves encore plus nerveux) – le lien de cause à effet n’étant cependant pas établi.

J’ai commencé par leur demander de dresser une liste des adjectifs que leur inspiraient les atmosphères comparées de l’ancien et du nouveau collège. Car on n’abandonne pas tous les jours un bâtiment décati et surdimensionné des années soixante-dix pour une construction toute neuve, harmonieuse et lumineuse. Hésitations dans le groupe. Silences. Quelques mots passe-partout jetés sur les feuilles. J’en ai déduit que cela ne leur inspirait pas grand-chose.

Je suis ensuite partie de La réconciliation, qu’ils avaient lu en classe. Je leur ai donné la consigne suivante :

Vous êtes un des jumeaux. Vous faites un portrait imaginaire de votre grand-père, en commençant chaque phrase par : « J’imagine que… » (j’ai donné de nombreux exemples, pour les rassurer et leur permettre de varier). Ou bien : le même exercice où vous êtes vous-même le protagoniste et faites un portrait imaginaire de quelqu’un, dans votre famille, que vous jugez ne pas avoir assez connu.

Plusieurs travaux très beaux, inattendus (bientôt en ligne). J’espère qu’ils en conserveront une trace quelque part.