Ce frère-là : dans la presse

L’Abeille, 29 octobre 2010

Ce frère-là est signé Anne-Constance Vigier dont on apprécie toujours la  » petite musique  » efficace. La narratrice a perdu son cher guitariste de frère. Elle aussi se penche sur son passé parfois trouble, de 1972 à 2005 : les parents, les vacances, l’enfance, l’amitié, l’intimité, l’amour, la mort et… son frère. La vie est un long fleuve aux mystérieux méandres. Le lecteur est sous le charme.

Jean Leclerc

 

L’Avenir, 10 juillet 2010

Coup de coeur

Ce passé-là

Un enterrement un jour de marché, celui du frère de la narratrice qui permet à la famille de se retrouver. Sans beaucoup de chaleur, ni de douceur, déplore la jeune femme qui décrit avec finesse les sentiments qui l’habitent et revit ces moments si précieux connus avec le défunt. Une écriture magnifique.

M.P.

 

La Vie, 29 juillet 2010

Comment écrire un roman intimiste sans verser dans un égotisme laborieux et insupportable ? Anne-Constance Vigier propose une solution efficace : une grande économie de moyens, par moments même une certaine sécheresse, et une sorte de flou, d’indécision dans la succession des scènes, dans les sentiments exprimés, une porosité entre le rêve et la réalité, entre le présent et le passé, qui préservent de tout pathos, de toute insistance. La narratrice a perdu son frère, tué en trois mois par une maladie dont on ne sait rien de plus. Dans sa détresse, elle se promène de souvenir en souvenir. Leur enfance. Leur mère. La femme de ce frère mort, et les enfants qu’ils n’ont pas eus. L’annonce du drame. Au dos du livre, l’éditeur parle « d’humour et de légèreté « . Ce frère-là est aussi un roman sans pitié.

Marianne Dubertret

 

Page des libraires, mars 2010

C’est jour de marché et au milieu des passants qui s’affairent se retrouvent les membres de la famille de la narratrice, pour l’enterrement de son frère. Le contraste choquant des étals, chargé d’odeurs de nourriture, et cette réunion funèbre amène Claire à une plongée dans ses souvenirs, ceux heureux qu’elle garde de ce frère dont elle a été si proche. Dans un désordre identique à celui des pensées qui s’enchaînent dans un esprit songeur, elle évoque des moments de leur enfance et de leur jeunesse. De ces instants a priori banals, familiers à chacun, surgit une violence sourde, celle des vieux conflits familiaux englués dans la mélasse des non-dits. Chaque chapitre nous entraîne sur le ton de la confidence dans un souvenir précis, daté et relié à un lieu, où Claire s’adresse à ce frère qu’elle aimait tant, jusqu’au jour ensoleillé où il lui confie qu’il est menacé par la maladie. Un récit pudique, souvent troublant, qui évoque les renoncements amoureux et les hasards de nos vies.

Pierra Dupuy

Librairie Lucioles, Vienne

 

La Marseillaise, 11 avril 2010

Secrets de famille

De quel frère est-il vraiment question dans le roman d’Anne-Constance Vigier ? Celui qui vient de mourir, d’une maladie qui l’a emporté en trois mois, Jean-Marc de son prénom ? Ou d’un autre, Jean, avec lequel il jouait de la guitare quand ils étaient jeunes et encore proches ? Sans compter Etienne, l’aîné, et Michel, l’ours tendre qui fait régulièrement des séjours en hôpital psy ? Et le peintre Ostende qui fait juste une apparition dans ce livre, tel un fantôme, ou une vigie.

 

Claire, la narratrice, est la seule fille de la tribu, et les femmes dans ce livre, même lorsqu’elles prennent la parole, sont à contre-jour, tant les hommes occupent le devant de la scène, depuis le couple des parents, un père homme de théâtre qu’Antoine Vitez honore à son enterrement, et une mère critique à l’égard de sa fille, amoureuse inéluctablement du genre masculin, quels que soient ses défauts et ses mensonges.

 

Anne-Constance Vigier ne remet pas en cause cette inégalité-là, elle en nourrit son livre, entre admiration et déception, que Claire conjugue tour à tour, dépositaire de la biographie familiale, sans se rendre compte que c’est un poids trop lourd à porter, trop injuste.

 

Alors « ce frère-là  » marié, père de famille, trois fils évidemment, ce Jean auquel tout le monde veut faire plaisir, que représenta-t-il pour la jeune Claire ? L’amant idéal, l’homme de sa vie, la réussite professionnelle et sentimentale ? On ne le saura pas, car l’amour éperdu que Claire voue à son frère, elle n’est pas la seule à l’éprouver, et l’autre Jean au prénom double (Jean-Marc), le mort, est en quelque sorte le jumeau de Claire. Un jumeau dévoré par la comparaison avec l’autre Jean. Le premier séduit, convainc, construit, le deuxième échoue, même dans son mariage, même dans sa paternité qui lui est interdite.

 

Et pourtant l’artiste, le créateur, c’est lui, le tendre, le généreux, c’est lui. Mais personne ne l’a connu ni reconnu, le livre est un hommage posthume, l’aveu tardif d’un amour. De ce déséquilibre, témoigne la construction du livre, funambule sur un fil parfaitement tendu, quinze chapitres pour quinze « scènes », entre 2005 (l’enterrement) et 1972 (un déjeuner de famille du vivant du père). Quinze apparitions, dans le désordre, comme on sortirait les photographies d’une malle dans un grenier. Des flashes pour tenter d’entrevoir la vérité qui reste obscure, mais les secrets de famille nourrissent les fictions, et les fictions savent beaucoup de choses.

 

Claudine Galea