La découverte des carnets : version 1

Quand j’ai visité cette maison, j’ai tout de suite su que je n’en voulais pas. Une ruine inhabitée depuis plus de vingt ans. Il régnait là-dedans une atmosphère de tombeau et de désastre. Un vieux peignoir pendait à la patère de la salle de bains, et je me suis penchée sur la baignoire le nez pincé, comme si j’allais y découvrir un symposium d’insectes noirs et humides. L’agente immobilière grimaçait près de moi tandis que nous arpentions les pièces sinistres. Peut-être n’aurait-elle pas dû se vêtir ainsi entièrement de blanc, ai-je pensé brièvement. Avant de poser les yeux, dans l’angle d’une chambre, sur un fatras d’où émergeait un paquet de petits carnets de cuir, maintenus ensemble par une ficelle à rôti. Et là, je ne sais pas ce qui m’a pris. Il me les faut, ai-je pensé. Dites, je peux emporter ça ? Discrètement ? L’agente immobilière continuait à se tenir à distance de toutes choses. Ça ? répéta-t-elle dans une moue, mais elle n’hésita pas très longtemps. Je devrais vous dire non, mais franchement, vu que ça va être jeté à la poubelle, si ça peut vous faire plaisir… Je n’avais jamais entendu parler d’Ostende.