La découverte des carnets : version 2

Le vide-grenier battait son plein dans ce petit village percheron où j’ai de vieux amis, et, une fois de plus, je m’y suis laissée entraîner. Dans cette odeur de poussière et de vapeur de saucisse. Le cuistot de la buvette était visiblement ivre. Il va se brûler, celui-là, m’a glissé mon amie qui avançait avec aisance le long des étals surchargés, comme si nous n’étions pas entourées d’horreurs, comme si le spectacle des jouets usés et des bibelots atroces ne lui causait pas de désagrément particulier – alors que j’éprouvais, de mon côté, de brutaux serrements de cœur. Nés autant de la mélancolie que du dégoût. De plus, j’avais peur des chiens qui frôlaient mes jambes. Pas mal, cette lampe, a dit mon amie en s’arrêtant devant un objet d’époque indéterminée. Mmoui, ai-je marmonné tandis que mon regard se laissait attirer par quelque chose que je ne pouvais encore identifier, et qui allait m’occuper des années entières. Ce sont les carnets d’un peintre de par ici qui était devenu fou, m’a dit l’homme qui tenait l’emplacement. Je les ai récupérés quand ils ont décidé de raser sa maison. C’était mon voisin, vous comprenez. Ah, ai-je dit en me penchant un peu plus vers eux. Ils étaient rangés avec le plus de soin possible dans une boîte à chaussures dépourvue de couvercle. Il s’appelait comment, ce peintre ? ai-je demandé sans être certaine que la réponse pouvait m’intéresser. Ostende, a dit l’homme, vous connaissez ? Il y a beaucoup de gens qui croient connaître, mais c’est à cause de la ville du même nom. Mais je n’ai rien répondu. J’étais sûre d’avoir entendu parler de lui, sans pour autant pouvoir y associer un style ou une toile en particulier.