Les couvertures des carnets

Les carnets ne constituent pas un ensemble homogène. Ce fait a vite cessé de m’intriguer. En effet, il n’y a aucune raison qu’Ostende ait su prévoir à l’avance le nombre de carnets dont il aurait besoin. Il est même possible que la perspective d’avoir à remplir, au long de ces années, plusieurs carnets d’aspect identique lui ait paru d’un ennui insupportable.

L’extérieur des carnets, alternativement confectionnée en toile, en cuir ou en moleskine, est mieux préservé que leur intérieur. Je crois disposer d’explications à ce sujet, mais le moment n’en est pas encore venu.

Aucun ornement ne permet d’en imaginer le contenu. Les couvertures ne comportent ni dates, ni numéros. Cette négligence n’a pas manqué de me créer des problèmes quand j’ai entrepris de les déchiffrer.

J’en possède huit. Rien ne me permet d’affirmer qu’il n’en existe pas d’autres, antérieurs ou postérieurs à ceux que j’ai la chance d’avoir chez moi, serrés, quand je ne travaille pas dessus, dans un coffre fort que j’ai acheté pour l’occasion, par l’intermédiaire d’un site d’enchères en ligne sur lequel courent bien des rumeurs.

Tu te ruines pour cet Ostende que personne ne connaît, m’a fait remarquer à cette occasion un ami avisé. Mais c’était trop tard. Tu n’as pas tort, ai-je rétorqué en me tordant sottement les mains – mais qu’y puis-je ? D’ailleurs, ai-je pensé plus tard, dans certains moments financièrement délicats, tout le monde n’a pas comme moi la chance de pouvoir boire jusqu’à la dernière goutte le suc d’une passion de cette envergure.